La bourdaine - Rhamnus frangula L. = Frangula alnus Mill.
Botanique
Rhamnus frangula L. (Rhamnaceae) est un arbuste européen à feuilles[2] ovales alternes et à petites fleurs blanc-verdâtre[3]. Le fruit, rouge puis noir[4], est une drupe contenant 3 graines[5] située à l'aisselle des feuilles. L'écorce est caractérisée par la présence de taches grisâtres allongées appelées lenticelles[6]. |
La drogue consiste en l'"écorce séchée, entière ou fragmentée, de la tige et des branches". Il s'agit généralement de fragments aplatis ou cintrés ou enroulés en tuyau[7], de faible épaisseur (0,5-2 mm). La face externe[8] est brun foncé mat à noirâtre, surtout caractérisée par les lenticelles plus ou moins ovoïdes, la face interne[9] est orangée à brunâtre.

Les principaux éléments caractéristiques en microscopie optique, après éclaircissement par l'hydrate de chloral, sont :
des fragments de parenchyme renfermant des macles d'oxalate de calcium[13],
La poudre de bourdaine se colore instantanément en rouge[16] par addition d'un agent alcalin (formation d'ions phénates colorés à partir des 1,8-dihydroxyanthraquinones).
Remarque : Diagnostic différentiel bourdaine/cascara
Le cascara (Rhamnus purshianus DC.) est une autre Rhamnacée dont l'écorce est présente dans la Pharmacopée Européenne, utilisable dans les mêmes indications (effet laxatif), proche morphologiquement et néanmoins distinguable de la bourdaine. Le tableau ci-dessous regroupe les principales différences macroscopiques entre les deux drogues (illustration[17]).
Microscopiquement, le cascara peut être distingué par la présence supplémentaire de groupes de cellules scléreuses[19] et de fragments de tissus de mousses[20] et d'hépatiques[21].
Composition chimique
Dérivés 1,8-dihydroxyanthracéniques (3-8%) : émodol (< 0,1%) et ses O-hétérosides, frangulosides et glucofrangulosides, dans la drogue sèche (anthraquinones). Ce type de dérivés est clairement responsable de l'activité laxative recherchée lors de l'utilisation de cette plante. Selon la Pharmacopée Européenne, l'écorce de bourdaine doit contenir au moins 7% de glucofrangulines, exprimées en glucofranguline A[23]. La drogue fraîche contient les anthrones correspondantes, qui sont des laxatifs beaucoup plus drastiques. Leur absence est permise par un stockage prolongé ou un traitement thermique et doit être contrôlée dans la drogue. |
D'autres plantes contenant des dérivés anthracéniques apparentés sont utilisées dans la même indication : sénés, aloès, cascara, rhubarbe de Chine, casse, rhapontic, dartrier. La grande ressemblance (évoquée plus haut) de l'écorce de cascara explique que la CCM réalisée dans la monographie de la Pharmacopée Européenne vérifie l'absence de barbaloïne (présente dans le cascara) dans la drogue conforme.
Autres composés : alcaloïdes cyclopeptidiques (traces), flavonoïdes, tanins, naphtalines sont évoqués.
Pharmacologie et clinique
L'activité laxative des dérivés 1,8-dihydroxyanthracéniques est largement établie. Les génines libres sont directement absorbées au niveau de l'intestin grêle, rapidement métabolisées et éliminées et sont donc considérées comme inactives. Les hétérosides anthraquinoniques ne sont pas absorbés ni modifiés avant intervention de la flore colique, qui les hydrolyse et les réduit en anthrones, d'où un délai d'action important, de l'ordre de 8-12 heures. Les anthrones libérées limitent la réabsorption de fluide dans le colon. Elles inhibent la résorption de l'eau, du sodium et du chlore et augmentent la sécrétion du potassium par les entérocytes et augmentent la motilité intestinale (simulation des contractions péristaltiques et locales). L'effet laxatif des plantes à dérivés anthracéniques étant reconnu depuis longtemps, peu de publications sont disponibles quant à l'observation de leur effet chez l'homme dans un contexte d'étude clinique correctement menée. |
Toxicologie - effets indésirables
Dans des conditions normales d'utilisation (voir ci-dessous "usages") et en dehors d'un contexte d'hypersensibilité ou d'allergie, les effets indésirables observables sont de type inconfort abdominal bénin (crampes, coliques).
Un usage prolongé ou abusif de laxatifs anthracéniques peut entraîner des effets plus graves (le plus souvent décrits pour le séné) :
diarrhée et hypokaliémie,
hippocratisme digital (doigts en "baguettes de tambour"), associé à divers symptômes (ostéoarthropathie hypertrophique, hypogammaglobulinémie, tétanie, cachexie...),
hépatite,
atonie du colon,
mélanose recto-colique réversible à l'arrêt du traitement.
Une coloration jaune foncé à brun-rouge des urines peut être observée, sans forcément de conséquence clinique.
Les laxatifs stimulants provoquant la vidange totale du côlon (alors qu'une défécation normale vide seulement le côlon descendant), un certain délai est nécessaire à son remplissage et donc à la survenue d'une nouvelle selle (on parle de "pause compensatrice"). De plus, l'hypokaliémie éventuellement induite par l'usage de laxatifs anthracéniques peut renforcer ce phénomène par diminution du péristaltisme intestinal. Ceci peut provoquer une anxiété chez certains patients dans un contexte de constipation et provoquer une nouvelle prise, créant ainsi un cercle vicieux de dépendance aux laxatifs et la survenue de la "maladie des laxatifs" (rare et caractérisée par la survenue d'une mélanose recto-colique et d'anomalies hydro-électrolytiques avec hypokaliémie).
Usages - recommandations
La bourdaine est utilisée comme laxatif stimulant dans un contexte précis, étant donné le risque d'abus :
utilisation de courte durée (8-10 jours au maximum), sous forme de sachet-dose ou d'extrait, la forme vrac étant interdite. Une dose maximale journalière doit correspondre à 25 mg de glucofranguloside A, chaque unité de prise contenant au maximum la moitié de cette dose, soit 12,5 mg) ;
constipation occasionnelle, récalcitrante à un régime alimentaire enrichi en fibres et en eau, à une augmentation de l'exercice physique et à l'utilisation de laxatifs de lest.
Elle est contre-indiquée chez l'enfant de moins de 10 ans, déconseillée avant 15 ans et durant la grossesse et l'allaitement.
La bourdaine ne doit pas être associée avec plus d'un autre laxatif stimulant (séné, aloès, cascara, rhubarbe de Chine, casse, rhapontic, dartrier) dans une spécialité, auquel cas la posologie est adaptée par le fabricant. Une association de spécialités contenant des laxatifs stimulants est à proscrire à l'officine, dans un contexte de conseil pharmaceutique.
Autres contre-indications :
maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI = rectocolite hémorragique, maladie de Crohn),
syndrome occlusif ou subocclusif,
syndromes douloureux abdominaux de cause indéterminée,
états de déshydratation sévère avec déplétion électrolytique.
L'écorce de bourdaine et son extrait sec titré ont une monographie à la Pharmacopée Européenne. L'écorce (sèche) a une monographie pour préparations homéopathiques.
Attention : Important
La recommandation de l'ANSM concernant la communication sur les médicaments laxatifs, révisée le 21/09/05, précise que :
la communication grand public en faveur de laxatifs doit être axée sur le caractère occasionnel de ce type de traitement ;
tout message publicitaire associant l'action laxative à une action amaigrissante ou toute notion équivalente n'est pas acceptable.
Le risque d'hypokaliémie doit conduire à une grande vigilance vis-à-vis d'interactions avec des médicaments hypokaliémiants (corticostéroïdes, nombreux diurétiques) ou dont la toxicité est augmentée en cas d'hypokaliémie (médicaments causant des torsades de pointes, digitaliques).
Phytomédicaments et spécialités
Boldoflorine® tisane n°1 - Constipation passagère (sachets-dose, contient : boldo, folioles de séné, romarin, bourdaine, coriandre, pulpe de pomme, feuilles de frêne, noisetier, châtaigner, menthe, racines d'aunée et de réglisse), adulte 1 à 4 tasses par jour (1 tasse = 1 sachet-dose infusé 5 à 10 minutes).
Dragées Fuca® (extraits hydroalcooliques d'écorce de bourdaine et de cascara 100 mg chacun, correspondant à 6,25 mg de glucofranguline A + 6,25 mg de cascarosides A par comprimé ; extrait sec aqueux de fucus), adulte 1 ou 2 comprimés par jour.
Dragées végétales Rex® (extrait sec aqueux de cascara 24 mg/comprimé, extrait hydroalcoolique de bourdaine 20 mg/comprimé), adulte 1 à 3 comprimés par jour.
Tonilax® (extrait hydroalcoolique sec d'écorce de bourdaine 20 mg/comprimé, soit > ou = 3 mg de glucofraguline A ; poudre de suc d'aloes du cap 50 mg/comprimé, soit > ou = 9 mg de barbaloïne), adulte 1 ou 2 comprimés par jour.
Yerbalaxa® tisane (sachets-dose, contient : bourdaine écorce 40 mg, soit > ou = 2,4 mg glucofranguline A, séné feuille 800 mg, soit > ou = 20 mg sennoside B, mauve 800 mg) anthracéniques < ou = 25 mg. Adulte 1 tasse/jour.
Sources : Thériaque, EurekaSanté (les posologies sont données à titre indicatif) - 31/08/2010
Complément : Bibliographie
Ouvrages :
AFSSaPS, Médicaments à base de plantes. Les Cahiers de l'Agence n°3, 1998, Ministère de l'emploi et de la solidarité.
Bruneton J., Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales, 4e édition, 2009, Tec-Doc EMI Editeurs, Paris.
ESCOP monographs, 2e édition, 2003, Frangula bark - Frangulae cortex, ESCOP/Thieme, Exeter/Stuttgart.
Lüllmann H. et al., Atlas de poche de pharmacologie, 3e édition, 2003, Flammarion Médecine-Sciences, Paris.
Martindale: the complete drug reference. 34e édition, 2004, Pharmaceutical Press, Londres.
OMS, WHO monographs on selected medicinal plants, volume 2, Cortex frangulae, 2004, World Health Organization, Genève.
Pharmacopée Européenne 6.8, Bourdaine - Frangulae cortex ; Bourdaine (extrait sec titré de) - Frangulae corticis extractum siccum normatum.
Pharmacopée Française 10e édition, Bourdaine pour préparations homéopathiques - Rhamnus frangula cortex ad praeparationes homoeopathicas.
Wichtl M. et al., Plantes thérapeutiques, 2e édition, 2003, Tec-Doc EMI Editeurs, Paris.
Williamson E. et al., Stockley's herbal medicines interactions, 2009, Pharmaceutical Press, London.