La fumeterre - Fumaria officinalis L.
Botanique
La fumeterre officinale (Fumaria officinalis L., Papaveraceae) et les espèces voisines sont des plantes herbacées annuelles de 30 cm de hauteur à tiges fines et souples, au suc âcre (« qui fait pleurer »). Les feuilles alternes sont vert glauque, finement pennatiséquées (bi- ou tri-pennatiséquées)[1]. Les fleurs en grappes[2], rose-violacé sont zygomorphes dont le pétale supérieur est prolongé en éperon[3]. Le fruit est une silicule indéhiscente[4]. Ces espèces sont originaires d'Europe et d'Asie. On les trouve sur les bords des chemins et sur terres incultes, sur les sols neutro-alcalins des lieux cultivés. La drogue est importée d'Europe de l'Est. Ce sont des espèces colonisant les terrains cultivés, dont la diagnose est difficile. L'espèce officinalis est d'ailleurs divisée en deux sous-espèces qui se distinguent par le nombre de fleurs de l'inflorescence et la taille des sépales (subsp. officinalis Sell, subsp. wirtgenii [Koch] Arcang.).
Les principaux éléments de la drogue sèche à observer sont :
des fragment de tiges fines nettement anguleuses,
des fragments de feuilles et de lobes difficilement identifiables vert-brunâtre,
la présence de petits fruits globuleux en forme de billes (silicules) (env. 1 à 2 mm de diamètre) le plus souvent isolés, parfois en grappes[6], tronqués au sommet,
la teinte : d'ocre clair à gris verdâtre.

Au microscope (hydrate de chloral), on observera notamment :
des grains de pollen sphériques[8], d'un diamètre de 30 µm, à exine ponctuée et 6 pores de grande taille[9], parfois en amas[10] ;
des fragments du limbe foliaire vus de face présentant un épiderme supérieur composé de cellules grossièrement polygonales[11], contenant pour certains des amas de très petits cristaux sableux, et un épiderme inférieur formé de cellules à paroi plus onduleuse[12], avec sur les 2 faces des stomates de type anomocytique[13] ;
des groupes de fibres lignifiées[14] et de vaisseaux[15] réticulés et à ponctuations aréolées provenant de la tige ;
Composition chimique
Alcaloïdes (0.3 %) isoquinoléiques (stéréochimie non représentée dans les schémas) : Benzylisoquinoléines (au sens large : protoberbérines et dérivés) :
Phénylisoquinoléines : corydamine[31]. Les alcaloïdes, principalement la protopine, sont souvent considérés comme responsables d'une part importante de l'activité. La monographie de la Pharmacopée Européenne exige une teneur minimale de 0,4% d'alcaloïdes totaux exprimés en protopine dans la drogue désséchée. La présence de protopine, entre autres, est également vérifiée par CCM. Dans la monographie de Fumaria officinalis pour préparations homéopathiques (Pharmacopée Française), les alcaloïdes sont mis en évidence dans la teinture mère (précipitation par l'iodure mercuripotassique). |
Malates d'acides hydroxycinnamiques (acide caféique, acide férulique)[32] qui ne sont présents en quantité notable (1,2% pour le dérivé caféique) que dans un plante soigneusement séchée et lyophilisée. Dans la monographie de Fumaria officinalis pour préparations homéopathiques (Pharmacopée Française), les polyphénols en général sont mis en évidence dans la teinture mère (réactions de coloration avec le chlorure ferrique).
Pharmacologie et clinique
Activité cholérétique :
Plusieurs études ont cherché à montrer que la fumeterre (nébulisat) serait un amphocholérétique[34], un régulateur du flux biliaire.
Totum : activité amphocholérétique : in vivo et chez l'homme, stimule le flux biliaire s'il est faible mais réduit l'hypersécrétion pathologique (alcaloïdes). Amélioration des troubles hépatobiliaires (dyskinésies, lithiases, réduction du taux de bilirubine).
Léger effet spasmolytique au niveau du tractus gastro-intestinal (sphincter d'Oddi). La protopine est un spasmolytique, anticholinergique, antiarythmique, antibactérienne. Elle augmente la fixation de l'acide gamma-aminobutyrique sur ses récepteurs centraux.
Un essai randomisé en double aveugle versus placebo a montré que la fumeterre n'était pas plus efficace que le placebo pour améliorer les symptômes du syndrome du côlon irritable. Les autres essais menés chez l'Homme sont en faveur d'une action positive dans les troubles biliaires, mais ces travaux concernent un nombre réduit de patients et/ou n'utilisent pas la comparaison avec le placebo ni le double aveugle.
Divers effets sont attribués à la fumeterre à cause de propriétés pharmacologiques de la protopine - antihistaminique (dermatologie), augmente la fixation du GABA (sédation, tachycardies ou troubles respiratoires d'origine neurotonique).
Toxicologie - effets indésirables
Aucune donnée disponible. Si le phytomédicament à base de fumeterre est une poudre de parties aériennes, le dossier « abrégé » d'AMM doit comporter une étude toxicologique. Celle-ci n'est pas nécessaire pour la fumeterre pour tisane, l'extrait aqueux, les teintures et les extraits hydro-alcooliques, quel que soit leur titre.
Usages et recommandations
Une monographie communautaire de l'HMPC est en cours d'élaboration. Selon le cahier n°3 de l'Agence du Médicament (1998), les parties aériennes fleuries de fumeterre sont traditionnellement utilisées par voie orale « pour faciliter les fonctions d'élimination urinaire et digestive » et comme « cholérétique et cholagogue ». En Allemagne, la monographie établie par la Commission du BfArM précise que les parties aériennes fleuries de la fumeterre sont utilisées en cas de spasmes de la vésicule, des voies biliaires et du tractus gastro-intestinal (6 g/jour de plante ou préparation correspondante, généralement extrait aqueux ou tisane). La posologie recommandée par la monographie "Tisanes" de la Pharmacopée Française est de 250 à 500 ml d'une infusion (15 minutes) de 10 g/l. Toute obstruction des voies biliaires est une contre-indication, l'utilisation pendant la grossesse et la lactation sont déconseillées.
Les parties aériennes récoltées au moment de la pleine floraison ("herbe") ont une monographie dans la Pharmacopée Européenne. La Pharmacopée Française contient une monographie de Fumaria officinalis pour préparations homéopathiques.
Place dans le conseil
La fumeterre et les spécialités en contenant peuvent être conseillées en cas de digestion difficile (impression de non-digestion), souvent liée à des troubles fonctionnels mêlant des insuffisances enzymatiques biliaires, gastriques, pancréatiques et des perturbations des hormones régulatrices de la motricité du tube digestif. Le stress, l'angoisse et bien sûr une mauvaise alimentation peuvent contribuer à cet état et des conseils peuvent être formulés à ce niveau. On retrouve également dans la pratique des utilisations en cas de "gueule de bois".
Une douleur violente (qui peut évoquer une appendicite ou une colique hépatique, si elle est située dans l'hypocondre droit) ou l'absence d'amélioration des symptômes dans un délai raisonnable (2 semaines) doit amener à une consultation médicale.
Phytomédicaments et spécialités
Seule
Arkogélules® fumeterre (parties aériennes fleuries, 220 mg/gélule), 3 gélules/jour (max. 5) avant les repas.
Elusanes® fumeterre (parties aériennes fleuries, extrait sec, 180mg/gélule), 1 gélule matin et soir.
Oddibil® (parties aériennes fleuries, extrait aqueux sec, 250 mg par comprimé), 1 cp avant les 3 repas et au coucher.
En mélange
Dépuratum® (baie de genévrier et racine de rhapontic 102 mg/gélule chacun, feuilles de bouleau et de romarin 51 mg de chaque, parties aériennes fleuries de fumeterre et thym 38,25 mg de chaque, racine d'arrête-boeuf 29,75 mg). Adulte : 1 gélule, 2 ou 3 fois par jour.
Tisane de santé Lehning® (parties aériennes fleuries de fumeterre et feuilles de frêne 300 mg/sachet de chaque, solidage, chiendent, feuille de menthe poivrée, sommité fleurie de reine des prés 255 mg de chaque). Adulte : 1 tasse, 3 fois par jour.
Extraits fluides
Bolcitol® solution buvable (extraits fluides de fumeterre 270 mg/cuillère à café, boldo et sauge 180 mg chacun, teinture de fenouil 180 mg), 1-3 cuillères à café/jour.
Dépuratif Parnel® (sirop, mélange d'extraits fluides hydro-alcooliques de fumeterre, grande bardane, pensée sauvage et saponaire, 130 mg/cuillère à café chacun). Adulte : 1 cuillère à café, 3 fois par jour avant les trois repas.
Schoum® (solution buvable, mélange d'extraits fluides de fumeterre 2,595 mg/cuillère à soupe, bugrane 2,955 mg et Piscidia erythrina 0,405 mg, sorbitol à 70% 893 mg, citrate d'alvérine 0,255 mg). Adulte : 4 cuillères à soupe, 1 ou 2 fois par jour. Enfant : 2 cuillères à soupe, 1 ou 2 fois par jour.
Sources : Thériaque, EurekaSanté (les posologies sont données à titre indicatif) - 02/09/2010
Pour préparations magistrales : EPS fumeterre, préparation magistrale Phytoprévent® (extrait fluide Fl/500 ml ou 2 l)
Complément : Bibliographie
Ouvrages
AFSSaPS, Médicaments à base de plantes. Les Cahiers de l'Agence n°3, 1998, Ministère de l'emploi et de la solidarité.
Bruneton J., Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales, 4e édition, 2009, Tec-Doc EMI Editeurs, Paris.
Caquet R., La médication officinale - Conseils et médicaments délivrés par le pharmacien à l'officine, 3e édition, 2009, Abrégés de pharmacie, Masson, Paris.
ESCOP monographs, 2e édition, supplément 2009, Fumitory - Fumariae herba, ESCOP/Thieme, Exeter/Stuttgart.
Pharmacopée Européenne 6.8, Fumeterre - Fumariae herba.
Pharmacopée Française 10e édition, Fumaria officinalis pour préparations homéopathiques ; Tisanes - ptisanae.
Southon I.W. et al., Dictionary of alkaloids, 1989, Chapman and Hall, Londres et New York.
Wichtl M. et al., Plantes thérapeutiques, 2e édition, 2003, Tec-Doc EMI Editeurs, Paris.
Publications scientifiques
Sturm S. et al. Quantification of Fumaria officinalis isoquinoline alkaloids by nonaqueous capillary electrophoresis–electrospray ion trap mass spectrometry. J Chromatogr A 2006 ; 1112, 331-338.