Le chardon-Marie - Silybum marianum (L.) Gaertn.
Botanique
Silybum marianum (L.) Gaertner (Asteraceae) est une plante herbacée annuelle ou bisannuelle. La tige verte mesurant de 20 à 150 cm de haut est glabre. Les feuilles[1], alternées, sont larges et d'un vert brillant, portant des marbrures blanches le long des nervures de la face inférieure et bordées de dents épineuses. Les feuilles basales sont pennatifides[2]. L'inflorescence[3] large est composée de fleurs rouge-pourpre hermaphrodites et tubulaires rassemblées en un capitule (2,5 à 4 cm de diamètre). L'involucre[4] est formé de bractées épineuses. Les fruits[5] longs de 6-7 mm, sont des akènes avec un pappus à soies denticulées (vue du réceptacle contenant les fruits[6]). Le chardon-marie est commun dans les lieux incultes d'Europe méridionale, d'Afrique du Nord et d'Asie occidentale.
Partie utilisée : fruits secs mûrs dépourvus de leur pappus[8].

Au microscope, la solution d'hydrate de chloral est utilisée. La poudre d'akène présente :
des fragments de l'épicarpe composé de cellules incolores, de forme polygonale en vue de dessus, à lumen apparaissant selon l'orientation,
des groupes de cellules parenchymateuses de l'assise pigmentée, dont certaines contiennent une matière colorante d'aspect rouge-vif[10],
de très nombreux groupes[11] de grandes scléréides[12] du tégument,
de nombreuses cellules parenchymateuses à paroi mince provenant des cotylédons, contenant des globules huileux[13],
des macles d'oxalate de calcium[14] dispersées.
Composition chimique
Flavonolignanes : silymarines 1,5-3% dont :
Les orthographes des différents noms ci-dessus sont relativement variables. Dans la Pharmacopée Européenne, les noms sont simplifiés (exemple : silicristine) et le terme silibinine est à la fois utilisé pour désigner la silybinine (mélange de deux isomères) et chacun de ses constituants (silibinine A = silybine A ; silibinine B = silybine B). La Pharmacopée Européenne exige une teneur > 1,5% de silymarine dans la drogue désséchée (exprimée en silibine et obtenue par rapport des surfaces des pics des silibinines A et B dans un extrait sec standardisé avec celles des pics de silibinines A-B, isosilibinine A-B, silicristine et silidianine dans la solution à tester, par chromatographie liquide). La présence de silibinine, de taxifoline et de silicristine est vérifiée par CCM. Des essais similaires sont à pratiquer pour le contrôle d'un extrait sec purifié et titré. |
Flavonoïdes : taxifoline[18].
Dérivés phénoliques : 5,7-dihydroxychromones, alcool dihydrodiconiférylique[19].
Huiles grasses 20-30% : triglycérides à haute teneur en acide linoléique, oléique et palmitique.
Autres constituants : tocophérol, stérols, albumine.
Pharmacologie et clinique
Pharmacologie
Silibinine : captation de radicaux libres induits par certaines substances hépatotoxiques entraînant des lésions membranaires (propriétés antiperoxydatives). Maintien du pool glutathion, responsable de la détoxification hépatique En cas d'altération, l'administration prophylactique est plus efficace qu'en thérapeutique (idéalement, 6h avant l'administration de la toxine).
Silymarine : activité anti-hépatotoxique démontrée in vitro et in vivo. Silybine : in vitro et in vivo, augmente la synthèse des acides ribonucléiques ribosomaux en stimulant l'ARN polymérase I nucléaire ainsi que le nombre de ribosomes dans les hépatocytes.
Silymarine et silibinine : activité protectrice face à certaines inductions tumorales (cancers cutané, de la prostate, du sein) à vérifier cliniquement.
Silibinine et silychristine : in vitro : baisse des lésions des cellules rénales de singe, induites par des produits chimiques (paracétamol, cisplatine) ; augmententation de l'activité métabolique, de la synthèse protéique et de celle de l'ADN dans les cellules rénales de singe en culture.
Clinique
Les méta-analyses réalisées ne permettent pas de conclure à un effet réel du chardon-Marie ou de ses extraits sur la survie des patients atteints de maladies du foie liées à l'alcoolisme ou aux hépatites B ou C. Son intérêt en cas d'intoxication par l'amanite phalloïde est possible, mais reste incertain.
Toxicologie - effets indésirables
Pas d'effet secondaire si ce n'est un léger effet laxatif. A de très rares occasions cet effet a été accompagné de nausées et de chutes.
Risque allergique à prendre en compte (famille des Asteraceae) : un choc anaphylactique observé.
Pas de contre-indication.
Des effets sur des isoenzymes du cytochrome P450 ont été constatés expérimentalement, mais leur retentissement clinique paraît limité. La mention de la prise d'un médicament de phytothérapie (délivrable sans ordonnance) au médecin doit néanmoins être systématique.
Usages et recommandations
Utilisé traditionnellement en phytothérapie comme agent hépatoprotecteur ; protège et régénère les fonctions hépatiques ; c'est un "traitement symptomatique des troubles fonctionnels digestifs attribués à une origine hépatique" (Cahier de l'Agence du Médicament n°3 (1998)). Prophylaxie et traitement des maladies hépatiques engendrées par des toxines métaboliques (ex : α-amanitine) ; hépatite ; dégénérescence graisseuse et cirrhose.
Posologies
En attente d'une monographie communautaire en préparation, on pourra trouver les posologies suivantes.
Préparations contenant 3 à 14,5 g de fruits/graines séché(e)s par jour ; max de 4 g par dose.
Préparations contenant 140 à 600 mg de silymarine (exprimé en silibinine/sylibine), par jour ; max 200 mg par dose.
Tisane : peu usuelle (la monographie "Tisanes" de la Pharmacopée Française ne prévoit pas l'utilisation du chardon-Marie sous cette forme) ; faire infuser 3 g de graines pulvérisées dans 150 ml d'eau. 3 à 4 tasses par jour. Autre possibilité : faire une décoction de 3 g de graines pulvérisées dans 150 ml d'eau bouillante, 3 ou 4 tasses de décocté par jour.
Teinture : 15 à 25 gouttes, 3 ou 4 fois par jour.
Poudre totale cryobroyée : 1 gélule matin, midi et soir avant les repas.
Extrait sec : par gélule, prendre un extrait équivalent à 100-200 mg de silymarine. 1 à midi et 1 le soir, avant les repas.
L'ESCOP retient uniquement les extraits secs et liquides à des doses quotidiennes de 150 à 420 mg (selon la méthode de dosage), divisées en 2-3 prises, par voie orale.
Les monographie du chardon-Marie (fruit) et de son extrait sec purifié et titré sont présentes dans la Pharmacopée Européenne.
Place dans le conseil
Au comptoir, le chardon-Marie sera principalement rencontré pour son utilisation dans les troubles digestifs. Si ceux-ci sont associés à des hépatopathies, le traitement fera vraisemblablement partie d'une prise en charge médicale globale. S'ils sont considérés comme a priori bénins, l'absence d'amélioration des symptômes dans un délai raisonnable (15 jours) doit amener à consulter. Le chardon-Marie est déconseillé durant la grossesse et la lactation.
L'usage par voie intra-veineuse dans le syndrome phalloïdien, à connaître, est du domaine de la médecine urgentiste.
Phytomédicaments et spécialités
Plante
Arkogélules® chardon-Marie (fruit 390 mg/gélule). Adulte : 1 gélule, 3 fois par jour ; la posologie peut être portée à 5 gélules par jour si nécessaire.
Silymarine
Legalon® (silymarine 70 mg/cpé). 2 comprimés, 2 ou 3 fois par jour.
On trouvera également le chardon-Marie dans des produits de parapharmacie (Vivalessence® été, Oemine® Hepatic).
Source : Eurekasanté (les posologies sont données à titre indicatif) - 10/09/2010.
Remarque : Le chardon-Marie - plante entière
Le chardon-Marie figure dans la liste des plantes médicinales de la Pharmacopée Française avec pour parties utilisables désignées "feuille, fruit". Les parties aériennes en général sont donc utilisables mais elles n'ont pas d'indication thérapeutique officiellement reconnue en France. Elles sont parfois considérées comme cholagogues[20] (voir la monographie "Artichaut"). Leur composition chimique diffère significativement de celle du fruit (flavonoïdes, principalement hétérosides d'apigénine, de lutéolol et de kaempférol[21]) et elles ne doivent donc pas être confondues avec lui.
Complément : Bibliographie
Ouvrages
AFSSaPS, Médicaments à base de plantes. Les Cahiers de l'Agence n°3, 1998, Ministère de l'emploi et de la solidarité.
Aronson J.K., Meyler's side effects of herbal medicines, 2009, Elsevier, Oxford.
Botineau M., Botanique systématique et appliquée des plantes à fleurs, 2010, Tec-Doc Lavoisier, Paris.
Bruneton J., Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales, 4e édition, 2009, Tec-Doc EMI Editeurs, Paris.
ESCOP monographs, 2e édition, supplément 2009, Milk thistle fruit - Silybi mariani fructus, ESCOP/Thieme, Exeter/Stuttgart.
Fintelman V. et al., Manuel pratique de phytothérapie, édition française 2004, Vigot Editeurs, Paris.
OMS, WHO monographs on selected medicinal plants, volume 2, Fructus Silybi mariae, 2002, World Health Organization, Genève.
Raynaud J., Prescription et conseil en phytothérapie, 2007, TEC- DOC Emi Editeur, Paris.
Pharmacopée Européenne, 6.8, Chardon Marie - Silybi mariani fructus ; Chardon Marie (extrait sec purifié et titré de) - Silybi mariani extractum siccum raffinatum et normatum.
Vital Durand D. et al. Guide pratique des médicaments Dorosz, 29e édition, 2010, Maloine, Paris.
Wichtl M. et al., Plantes thérapeutiques, 2e édition, 2003, Tec-Doc EMI Editeurs, Paris.
Williamson E. et al., Stockley's herbal medicines interactions, 2009, Pharmaceutical Press, London.
Publications scientifiques
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Lee J.I. et al., Separation and characterization of silybin, isosilybin, silydianin and silychristin in milk thistle extract by liquid chromatography–electrospray tandem mass spectrometry. J Chromatogr A 2006 ; 1116, 57-68.
Liu H. et al., Isolation and purification of silychristin, silydianin and taxifolin in the co-products of the silybin refined process from the silymarin by high-speed counter-current chromatography. Process Biochem 2010 ; 45, 799-204.
Polyak S.J. et al., Identification of hepatoprotective flavonolignans from silymarin. Proc Natl Acad Sci USA 2010 ; 107, 5995-5999.
Rambaldi A et al., Milk thistle for alcoholic and/or hepatitis B or C virus liver diseases. Cochrane Database Syst Rev 2007 ; 4, CD003620.