La valériane - Valeriana officinalis L. s.l.
Botanique
Valeriana officinalis L. (Caprifoliaceae) est une plante herbacée présente dans toute l'Europe. L'espèce, polymorphe et comportant plusieurs sous-espèces, se caractérise par sa tige creuse et cannelée[2], ses feuilles très découpées[3] et ses inflorescences[4] de petites fleurs blanches à roses, zygomorphes[5]. Le fruit[6] est un akène portant un pappus[7]. |
Les parties utilisées sont les « organes souterrains séchés, entiers ou fragmentés de Valeriana officinalis L. s.l., comprenant le rhizome entouré des racines et les stolons ». L'aspect est hétérogène : fragments de rhizome gris brun clair[8] à gris jaunâtre[9]. Racines fines, de même couleur[10], plus ou moins cylindriques (1-3 mm × 1 cm), cassantes, à section claire. Forte odeur désagréable.
Au microscope, la poudre de valériane est assez peu caractéristique. On retiendra :
les poils absorbants[13],
les grains d'amidon[14] (selon le montage),
des fragments de parenchyme peu spécifiques en vue transversale[15] ou longitudinale[16].
Remarque : Autres espèces utilisées
Certaines autres espèces du genre Valeriana sont utilisées de par le monde, souvent dans les mêmes indications. On notera par exemple la valériane des Indes, Valeriana wallichii DC.[17] , issue de la médecine ayurvédique et parfois rencontrée en France hors du circuit pharmaceutique. Difficile à discerner, elle est d'une teinte légèrement plus foncée et contient généralement plus de gros fragments de rhizome[17].
Composition chimique
Huile essentielle : monoterpènes dont bornéol et acétate de bornyle[18] ; sesquiterpènes volatils dont valérénal, valéranone[19], alcool kessylique).
Sesquiterpènes non volatils (acides valérénique, acétoxyvalérénique). La teneur en ces dernier composés peut atteindre près de 1% et l'acide valérénique est fréquemment proposée comme support de l'activité de la plante. A ce titre, les différentes monographies de la Pharmacopée Européenne relatives à la valériane et à ses préparations utilisent toutes la teneur en acides sesquiterpéniques (exprimés en acide valérénique[21]) et la présence des acides valérénique et/ou acétoxyvalérénique pour déterminer la conformité chimique. |
Iridoïdes spécifiques : valépotriates (majoritairement valtrate et isovaltrate[22]), inconstamment présents et en quantité généralement faible.
Flavonoïdes dont 6-méthylapigénine, 2-S-(-)-hespéridine, linarine[23].
Composés divers : lignanes (dont 8-hydroxypinorésinol[24]), GABA...
Pharmacologie et clinique
Extraits apparemment actifs (raccourcissement du délai d'endormissement chez le rat), dont l'activité est vraisemblablement liée à une activité GABAergique selon plusieurs modes d'action (récepteur GABA-A, récepteur aux barbituriques, augmentation de la libération et inhibition de la recapture du GABA). Activité de type mélatoninergique (récepteurs ML1).
Des doutes subsistent quant aux substances responsables de ces activités. Les valépotriates, longtemps tenus pour responsables, sont souvent écartés à cause de leur solubilité et de leur instabilité. Les sesquiterpènes non volatils tels que l'acide valérénique pouraient avoir une activité GABAergique (inhibition des GABAases). Il a d'ailleurs été postulé qu'une grande variabilité interindividuelle (observée chez des femmes âgées au cours de prises répétées) pouvait être à l'origine des résultats inconstants observés chez l'Homme.
Certains travaux soutiennent l'idée d'une synergie, avec la présence :
de flavonoïdes agonistes du récepteur aux benzodiazépines et favorisant l'action de l'acide valérénique,
de bornéol augmentant la sensibilité des récepteurs GABA à leur ligand naturel,
d'un lignane agoniste du récepteur A1 de l'adénosine.
Le GABA présent dans les racines de valériane ne passe pas la barrière hémato-encéphalique.
Chez l'homme, les données manquent pour confirmer l'effet réel de la valériane sur l'anxiété. Deux méta-analyses concluent à un effet statistiquement significatif de la valériane sur l'amélioration du sommeil, ce qui doit être modéré par le niveau moyen médiocre des études conduites à ce jour. Cet effet, déterminé suivant l'appréciation subjective des patients, pourrait être lié à la répétition de la prise.
Toxicologie - effets indésirables
Une somnolence (dans les 2 heures après la prise) n'a que rarement été observée lors des essais cliniques.
L'administration répétée chez des volontaires sains n'a permis l'observation d'aucun effet indésirable.
On notera toutefois :
un cas d'hépatite aiguë imputable à la valériane,
un cas de syndrome de sevrage, résolu par l'administration de benzodiazépines, après une forte consommation de valériane.
Des interactions ont été observées chez l'animal avec des dépresseurs du système nerveux central (alcool, barbituriques, benzodiazépines), sans observation clinique à ce jour. Le simple bon sens doit conduire à éviter des associations de substances sédatives pouvant mener à des effets additifs.
La cytotoxicité des valépotriates a été confirmée. Il s'agit de tests in vitro non confirmés à ce jour in vivo, mais ceci conduit à la préparation préférentielle d'extraits alcooliques d'un titre inférieur à 70°.
La valériane est déconseillée par l'OMS chez l'enfant de moins de 12 ans, ainsi que chez la femme enceinte ou allaitante.
Usages
En France, la valériane est "traditionnellement utilisée dans le traitement symptomatique des états neurotoniques des adultes et des enfants, notamment en cas de troubles mineurs du sommeil". Des préparations galéniques simples sont employées en raison du manque de connaissance des substances responsables.
La monographie du Committe on Herbal Medicinal Products (HMPC) de l'EMA recommande l'utilisation d'extraits hydroalcooliques titrant de 40 à 70% (v/v) pour des doses correspondant à 2 à 3 g de drogue sèche par prise. Les indications considérées comme bien établies sont la tension nerveuse (3 prises/jour) et les troubles du sommeil (1 prise une demi-heure à une heure avant le coucher). Des extraits secs (aqueux et hydroalcoolique) et une teinture ont une monographie à la Pharmacopée Européenne, la Pharmacopée Française contient quant à elle deux monographies de valériane pour préparations homéopathiques, l'une pour la plante fraîche, l'autre sans précision.
Phytomédicaments et spécialités
Seule
Arkogélules® valériane (racine 350 mg/gélule), adulte : 2 gélules au dîner et 2 gélules au coucher (la posologie peut être portée à 5 gélules par jour si nécessaire), enfant de 12 à 15 ans : 1 gélule au dîner et 1 gélule au coucher.
Elusanes® valériane (extrait sec hydroalcoolique de racine d evalériane 180 mg/gélule), adulte 2 gélules le soir.
Valériane Boiron® (extrait sec hydroalcoolique de rhizome de valériane 150 mg/gélule), adulte 1 gélule, 1 à 3 fois par jour (nervosité) ou 1 à 2 gélule le soir (troubles du sommeil), enfant 1 gélule par jour (nervosité), le soir si troubles du sommeil.
En association
Biocarde® (extrait fluide hydroalcoolique de sommités fleuries et de fruit d'aubépine 40 ml/100ml, teintures de racines de valériane et de parties aériennes d'agripaume 15 ml chacune, teinture de parties aériennes de passiflore 10 ml, extraits fluides hydroalcooliques de parties aériennes fleuries d'avoine et de mélisse 10 ml chacun) ; troubles légers du sommeil : adulte 15 gouttes au repas du soir et 15 gouttes au coucher, enfant de 6 à 15 ans 6 gouttes au repas du soir et 6 gouttes au coucher ; palpitations : adulte 15 gouttes, 3 fois par jour.
Boribel® n°8 sédative tisane en sachets-doses pour infusion 10-15 minutes (aspérule odorante 30 g/100 g, passiflore 30 g, orange amère, tilleul et valériane 10 g chacun), adulte 4 tasses par jour, enfant de 12 à 15 ans 2 tasses par jour, enfant de 3 à 12 ans 1 tasse par jour, sur avis médical.
Calmotisan® (aspérule 375 mg/sachet, valériane, mélisse et passiflore 300 mg chacune, oranger amer feuille 150 mg, coquelicot pétale 75 mg), 1 tasse, 3 fois par jour.
Euphytose® (extraits secs hydroalcooliques 60% v/v de valériane et de passiflore 50 et 40 mg/comprimé resp., extraits secs aqueux d'aubépine et de ballote 10 mg chacun), adulte 1 ou 2 comprimés, enfant de 6 à 15 ans 1 comprimé ; le soir si trouble du sommeil ; 3 fois par jour si état anxieux.
Médiflor® Calmante Troubles du Sommeil n°14 tisane (feuille de bigaradier 450 mg/sachet-dose, racines de valériane et parties aériennes de passiflore 360 mg chacune, sommité fleurie d'aubépine 270 mg, feuille de mélisse et inflorescence de tilleul 180 mg chacune), 1 tasse, 3 à 5 fois par jour (nervosité) ou 1 tasse à la fin du dîner et 1 tasse au coucher (troubles du sommeil).
Neuroflorine® (extraits secs de valériane 80 mg/comprimé, passiflore 50 mg et aubépine 10 mg), adulte 2 ou 3 comprimés avant chaque repas (nervosité) ou 4 à 6 comprimés, 1 heure avant le coucher (troubles du sommeil). Enfant de plus de 6 ans 1 à 3 comprimés par jour.
Passinévryl® (extraits secs hydroalcooliques de passiflore 40 mg/comprimé, valériane 24 mg et aubépine 16 mg), adulte 2 comprimés, 1 à 3 fois par jour, enfant de 6 à 15 ans 1 comprimé, 1 à 3 fois par jour.
Sédalozia® (extrait sec hydroalcoolique de racine de valériane 92 mg/comprimé, extraits secs aqueux de sommité fleurie d'aubépine 87 mg et d'eschscholtzia - plante entière 51 mg), adulte 3 comprimés, 1 ou 2 fois par jour, enfant de plus de 12 ans 1 à 3 comprimés par jour.
Spasmine® (extrait sec hydroalcoolique de racine de valériane 120 mg/comprimé, poudre de sommité fleurie d'aubépine 100 mg), adulte 1 à 2 comprimés, 1 à 3 fois par jour (nervosité) ou 2 à 4 comprimés au coucher (troubles du sommeil), enfant de plus de 6 ans 1 comprimé, 1 à 3 fois par jour (nervosité) ou 1 à 2 comprimés le soir au coucher (troubles du sommeil).
Tranquital® (extraits secs d'aubépine 37,8 mg/comprimé et de valériane 34,6 mg), adulte 4 à 6 comprimés par jour.
Sources : Thériaque, EurekaSanté (les posologies sont données à titre indicatif) - 31/08/2010
Pour préparations magistrales : EPS valériane, préparation magistrale Phytoprévent® (extrait fluide Fl/500 ml ou 2 l)
Complément : Bibliographie
Ouvrages
Aronson J.K., Meyler's side effects of herbal medicines, 2009, Elsevier, Oxford.
Botineau M., Botanique systématique et appliquée des plantes à fleurs, 2010, Tec-Doc Lavoisier, Paris.
Bruneton J., Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales, 4e édition, 2009, Tec-Doc EMI Editeurs, Paris.
ESCOP monographs, 2e édition, supplément 2009, Valerian root - Valerianae radix, ESCOP/Thieme, Exeter/Stuttgart.
OMS, WHO monographs on selected medicinal plants, volume 1, Radix valerianae, 1999, World Health Organization, Genève.
Pharmacopée. Européenne 6.8, Valériane (racine de) - Valerianae radix ; Valériane (racine de) divisée - Valerianae radix minutata ; Valériane (extrait sec aqueux de) - Valerianae extractum aquosum siccum ; Valériane (extrait hydroalcoolique sec de) - Valerianae extractum hydroalcoholicum siccum ; Valériane (teinture de) - Valerianae tinctura.
Pharmacopée Française 10e édition, Valeriana officinalis pour préparations homéopathiques - Valeriana officinalis ad praeparationes homoeopathicas ; Valériane fraîche pour préparations homéopathiques - Valeriana officinalis recens ad praeparationes homoeopathicas.
Wichtl M. et Anton R., Plantes thérapeutiques, 2e édition, 2003, Tec-Doc EMI Editeurs, Paris.
Williamson E. et al., Stockley's herbal medicines interactions, 2009, Pharmaceutical Press, London.
Publications scientifiques
Anderson G.D. et al., Pharmacokinetics of valerenic acid after single and multiple doses of valerian in older women. Phytother Res 2010 ; 24, 1442-1446.
Bent S. et al., Valerian for sleep: a systematic review and metaanalysis. Am J Med 2006 ; 119 : 1005-1012.
Fernández S.P. et al., Sedative and sleep-enhancing properties of linarin, a flavonoid-isolated from Valeriana officinalis. Pharmacol Biochem Behav 2004 ; 77 : 399-404.
Fernández-San Martin et al., Effectiveness of valerian on insomnia: a meta-analysis of randomized placebo-controlled trials. Sleep Med 2010 ; 11, 505-511.
Granger R.E. et al., (+)- and (-)-borneol: efficacious positive modulators of GABA action at human recombinant a1b2g2L GABAA receptors. Biochem Pharmacol 2005 ; 69 : 1101-1111.
Schumacher B.S.S. et al., Lignans isolated from valerian: identification and characterization of a new olivil derivative with partial agonistic activity at A1 adenosine receptors. J Nat Prod 2002 ; 65 : 1479-1485.