Le marronnier d'Inde - Aesculus hippocastanum L.
Botanique
Aesculus hippocastanum L. (Sapindaceae) est un arbre fréquent à titre ornemental en Europe, caractérisé par des feuilles palmées composées[1] de 5 à 7 folioles à long pétiole. Les inflorescences[2] sont en thyrses[3] (ou grappes[4] de cymes)[5]. Les fleurs[6] sont blanches ou jaunâtres, irrégulières et les pétales portent une tache rose à leur base. Le fruit est une capsule épineuse[7] loculicide[8] contenant généralement une seule graine[9], mesurant 2 à 4 cm, pourvue d'un tégument luisant marron, à hile clair[10]. A l'intérieur, les cotylédons, blancs, sont souvent soudés.
A l'état sec, la graine est généralement cassée. On observe des fragments charnus blanc-jaune pâle (3-5 mm), parfois avec une face externe brunâtre.
Au microscope, le marron d'Inde présente :
des grains d'amidon très nombreux[13], de taille et de forme variables ; les plus gros (15-25 µm) sont souvent irréguliers, en forme de poire ou de rein[14] ; les plus petits, plus arrondis, peuvent former des paquets[15] ;
des gouttelettes huileuses[16] de taille variable ;
des fragments de paroi fine[17] et incolore provenant des cotylédons (cellules originellement gorgées d'amidon et de lipides) ;
Composition chimique des graines
Saponosides. Sous le nom d'aescine (ou escine), on désigne un mélange de composés constitués d'une génine triterpénique polyhydroxylée (protoaescigénine ou barinctogénol C) substituée par une chaîne de trois sucres dont un variable et des acides aliphatiques. On distingue parfois deux fractions : α-aescine, hydrosoluble, et β-aescine, non hydrosoluble. L'aescine est présente dans les cotylédons.
Pour la Pharmacopée Française, c'est l'observation de l'aescine et de composés voisins sur CCM et une teneur > 3% de saponosides triterpéniques, exprimés en aescine[19] anhydre, qui déterminent la conformité chimique de la drogue.

Flavonoïdes : di- et triglycosides de flavonols (quercétol et du kaempférol[21]). Les flavonoïdes sont présents dans les cotylédons.
Proanthocyanidines dans le tégument de la graine : dérivés de l'épicatéchine[22]. Dimères différant par la position et le nombre des branchements entre les sous-unités : B2 (C4→C8)[23], majoritaire, B5 (C4→C6)[24] ; A2 ( C4→C8 ; C2→O→C7)[25] entre autres ; trimères et tétramères.
Autres : amidon (30 à 60% du cotylédon) et lipides (6 à 8%).
Remarque : Marronniers
D'autres espèces du même genre sont utilisées comme le marronnier d'Inde à des fins ornementales, mais n'ont pas d'application médicinale officielle. On peut citer notamment le cas du marronnier rouge[26], Aesculus carnea Hayne, à fleurs roses remarquables.
Complément : L'écorce des tiges
L'écorce des tiges du marronier d'Inde figure également sur la liste des plantes médicinales de la Pharmacopée Française et peut revendiquer les mêmes indications que la graine. Elle contient une coumarine, l'esculoside (6-O-glucosylesculétol). Celui-ci, sa génine (esculétol) et le 4-méthylesculétol[27] (= méthesculétol, perméthol) (tous deux produits par synthèse) sont présents dans des spécialités pharmaceutiques vasculoprotectrices.

Pharmacologie et clinique
L'extrait de marron d'Inde et l'aescine possèdent des propriétés :
anti-oedémateuses (diminution de la perméabilité capillaire),
anti-inflammatoires (inhibition de la production de cytokines proinflammatoires, de l'activation et de l'adhésion des leucocytes),
veinotoniques : chez le chien, l'aescine stimule la production de prostaglandine F2 et améliore ainsi la contractilité des muscles lisses veineux. Un effet sur le tonus de la veine saphène humaine est observable à des doses pertinentes.
Cliniquement, l'intérêt du marron d'Inde dans l'insuffisance veineuse chronique est assez bien établi pour une utilisation à court terme (diminution de la douleur, du prurit et de l'oedème supérieure au placebo, effet apparemment comparable à la compression mécanique). L'intérêt à long terme est moins bien établi.
Des essais de faible ampleur ont tenté d'évaluer l'intérêt de l'extrait de marron d'Inde dans les hémorroïdes, l'ulcère veineux, ainsi que les oedèmes post-opératoires (dans la chirurgie des membres) avec des résultats encourageants.
Fondamental : Plantes vasculoprotectrices et veinotoniques
Bien que les études publiées se soient surtout intéressées à l'aescine comme support de l'activité de l'extrait de marron d'Inde, le tégument de la graine contient des tanins (proanthocyanidines) qui pourraient contribuer à son activité. C'est l'occasion de présenter, sous forme résumée, les différentes familles de molécules susceptibles de revendiquer une activité favorable sur l'insuffisance veino-lymphatique et les plantes utilisées traditionnellement dans cette indication qui les contiennent.
Les flavonoïdes, antioxydants, antioedémateux, inhibiteurs d'enzymes comme l'élastase et la hyaluronidase, présents dans des plantes comme le ginkgo (Ginkgo biloba L., Ginkgoaceae) - feuille (qui contient également des diterpènes). Des fractions purifiées, molécules pures ou dérivés hémisynthétiques sont présents dans des spécialités pharmaceutiques.
Les anthocyanes : antioxydants, antioedémateux, augmentant la résistance des capillaires et diminuant leur perméabilité, ils protègent le collagène en inhibant des enzymes impliquées dans sa dégradation (élastase, collagénase).
le cassis (Ribes nigrum L., Grossulariaceae), fruit frais ;
la myrtille ou airelle (Vaccinium myrtillus L., Ericaceae), fruit frais ou sec,
Pour ces deux espèces, la feuille, également utilisable, contient surtout des flavonoïdes et des tanins ;
la vigne rouge (Vitis vinifera L. Vitaceae, variétés tinctoriales), feuille.
Il n'est pas inutile de remarquer que la teneur en anthocyanes, composés fragiles, est souvent faible dans les drogues sèches. La vigne rouge, par exemple, contient davantage de flavonoïdes (jusqu'à 3,5%) et de proanthocyanidines (4%) que d'anthocyanes (maximum 1,5%). Ceci peut amener à relativiser l'importance de cette famille de composés.
Les tanins (hydrolysables et condensés) : de par leurs interactions avec les protéines, ils exercent un effet vasoconstricteur sur les petits vaisseaux superficiels, possèdent une activité antioxydante souvent importante et pour certains des activités inhibitrices sur des enzymes telles que la 5-lipoxygénase, la hyaluronidase et l'enzyme de conversion de l'angiotensine. Parmi les plantes à tanins utilisables dans les troubles veineux, on peut citer :
le ratanhia (Krameria lappacea (Dombey) Burdet et Simpson, Krameriaceae) - racine ;
l'hamamélis (Hamamelis virginiana L, Hamamelidaceae) - feuille ;
l'aigremoine (Agrimonia eupatoria L, Rosaceae) - sommité fleurie ;
le fraisier (Fragaria vesca L., Rosaceae) - rhizome ;
le roncier (Rubus sp., Rosaceae) - feuille ;
le rosier (Rosa gallica L. et Rosa centifolia L., Rosaceae) - pétales et boutons floraux) ;
l'herbe à Robert (Geranium robertianum L., Geraniaceae) - parties aériennes fleuries ;
le noisetier (Corylus avellana L., Betulaceae) - feuille.
Les saponosides. Outre le marronnier d'Inde, d'autres plantes peuvent revendiquer traditionnellement des indications dans les troubles de la fragilité capillaire :
le petit houx ou fragon (Ruscus aculeatus L., Ruscaceae) - organes souterrains ;
la ficaire fausse renoncule (Ranunculus ficaria L. = Ficaria ranunculoides Roth, Ranunculaceae) - racine tubérisée ;
l'hydrocotyle (Centella asiatica (L.) Urb., Apiaceae) - parties aériennes.
Les coumarines. En plus de l'écorce de tige de marronier d'Inde, on peut citer le mélilot (Melilotus officinalis (L.) Lam., Fabaceae) - partie aérienne. Il contient également des saponosides et des flavonoïdes. L'extrait est lui-aussi anti-oedémateux et diminue la perméabilité capillaire. Il augmente les débits veineux et lymphatique.
Toxicologie - effets indésirables
Les effets indésirables sont généralement modérés : prurit, nausée et troubles gastrointestinaux, maux de tête, vertiges.
Des doses massives de β-aescine par voie intraveineuse ont été associées à la survenue d'insuffisance rénale aiguë. Le risque concret après administration orale semble limité, d'autant plus que la biodisponibilité de cette fraction semble faible. La β-aescine pourrait potentialiser la néphrotoxicité des aminosides.
Une possibilité d'interaction (mineure) avec la digoxine a été évoquée sur la base d'études in vitro. Aucune interaction n'a été concrètement constatée à ce jour.
En l'absence de données sur l'utilisation pendant la grossesse, celle-ci est déconseillée.
Usages et recommandations
La monographie du Committe on Herbal Medicinal Products (HMPC) de l'EMA considère comme bien établie l'utilisation du marron d'Inde dans l'insuffisance veineuse chronique, "qui est caractérisée par des jambes enflées, des veines variqueuses, sensation de lourdeur, douleur, fatigue, démangeaison, tension et crampes dans les mollets", en précisant qu'en cas d'inflammation de la peau, de thrombophlébite ou d'induration subcutanée, de douleur sévère, d'ulcères, de gonflement soudain d'une ou des deux jambes, d'insuffisance cardiaque ou rénale, un médecin doit être consulté. L'utilisation d'extrait standardisé est recommandée. La posologie indiquée est de 2 prises quotidiennes d'une quantité d'extrait correspondant à 50 mg de saponosides triterpéniques exprimés en aescine.
Des monographies sont disponibles dans la Pharmacopée Française pour la graine, les extraits sec, mou et une teinture de marron d'Inde stabilisé. Des monographies relatives à la graine et aux fleurs (fraîches) pour préparations homéopathiques existent également.
Attention : Place du conseil
L'usage de médicaments veinotoniques est principalement la lutte contre les manifestations subjectives (lourdeur...) de l'insuffisance veineuse chez les patients pré-variqueux ou quand les varices sont petites, peu ou pas symptomatiques.
Le port de bas de contention est toujours préférable (et d'ailleurs encouragé par le déremboursement des veinotoniques), plusieurs catégories existent en fonction du degré de compression attendu et des besoins. Une spécialisation est possible pour le pharmacien par le biais de diplômes universitaires en matière d'orthopédie. Ils sont particulièrement indiqués, même dans les cas bénins, en cas de grossesse.
Les veinotoniques trouvent encore un large usage dans le traitement symptomatique des manifestations hémorroïdaires légères.
Phytomédicaments et spécialités
Marron d'Inde
Artérase® (extraits secs de marron d'Inde, de cyprès et d'ail 20 mg/comprimé chacun, extrait sec de prêle 10 mg/comprimé), 1 ou 2 comprimés, 3 fois par jour.
Climaxol® (teintures de marron d'Inde, d'hamamélis, de fragon, d'hydrastis et de viburnum 2,8 ml/10ml [c.a.d. /400 gouttes] chacun, 40 à 60 gouttes par jour, réparties en 2 ou 3 prises.
Complexe Lehning® Aesculus n°103 solution buvable (teintures mères d'aesculus, boldo et hamamélis + dilutions homéopathiques) 20 gouttes, 3 fois/jour.
Fluon® (extrait sec hydroalcoolique de marron d'Inde 48 mg/comprimé, extrait sec de feuille d'hamamélis 30 mg, extrait sec de viburnum 10 mg, méthesculétol sodique 5 mg), adulte 2 à 4 (insuffisance veineuse ou lymphatique et fragilité capillaire) ou 4 à 8 comprimés par jour (crise hémorroïdaire aiguë).
Histo-fluine P® (extrait fluide hydroalcoolique de marron d'Inde 62,5 mg/30 gouttes, extrait fluide hydroalcoolique d'hamamélis 62,5 mg/30 gouttes, extraits fluides hydroalcooliques d'anémone pulsatille et de bourse à pasteur 25 mg/30 gouttes chacun, esculoside 1,25 mg), 30 à 60 gouttes, 2 ou 3 fois par jour.
Opo-veinogène® (extrait fluide de vigne rouge 400 mg/cuillère-mesure, extrait fluide de marron d'Inde 300 mg, esculoside 1,2 mg), 2 ou 3 cuillères-mesure (3 ml) par jour.
Phlébosédol® (Alchémille,marron d'Inde, vigne rouge 500 mg/sachet-dose chacun, hamamélis feuille 300 mg, viburnum 200 mg), infusion (15 minutes) 1 sachet-dose/tasse, 2 tasses/jour.
Phytomélis® (extrait fluide de marron d'Inde 112,5 mg/30 gouttes, extrait fluide d'hamamélis 75 mg), adulte 30 gouttes, 2 fois par jour, enfant 15 gouttes, 2 fois par jour.
Veinophytum® (marron d'Inde et vigne rouge 210 mg/gélule chacun), 2 gélules, matin et soir.
Veinostase® (alccolature de marron d'Inde 100 mg/ampoule, extrait fluide d'hamamélis 100 mg, acide ascorbique [= vitamine C] 100 mg, teinture de cyprès 33 mg), 1 ampoule (5 ml) 3 fois par jour.
Veinotonyl® (extrait de marron d'Inde 75 mg/gélule, perméthol 15 mg), 1 gélule 2 fois par jour.
Le marron d'Inde entre également dans la composition de produits à usage externe revendiquant l'activation de la microcirculation, un effet veinotonique, la réparation des peaux lésées ou la protection des peaux sensibles (Cebelia baume LCE®, Crème RAP Phyto®, Evarose®, Phytogel tonidrainant®, Silicium.Or Baume Régénérant®, Silicium.Or Circulation Dynamisée®).
L'escine est associée au salicylate de diéthylamine dans Réparil® (gel pour application locale), dont l'indication est le soin de courte durée des entorses et contusions, et au chlorhydrate de buphénine dans Phlébogel® (jambes lourdes). La β-aescine (Flogencyl®) est utilisée en gel gingival dans le traitement symptomatique des ulcérations de la bouche et des aphtes.
Ecorce et coumarines
Intrait de marron d'Inde® (extrait sec alcoolique de marronnier d'Inde, titré à 2% en esculoside 135 mg/100 gouttes, methesculétol sodique 27 mg/100 gouttes), 100 à 500 gouttes par jour, en 3 à 6 prises, suivant l'intensité des troubles.
L'esculoside est rencontré dans Phlébocrème®, Phlébosup®, Sédorrhoïde Crise Hémorrhoïdaire® (crème et suppositoires) (hémorroïdes).
Sources : Thériaque, EurekaSanté (les posologies sont données à titre indicatif) - 18/05/2010
Pour préparations magistrales : EPS marron d'Inde, préparation magistrale Phytoprévent® (extrait fluide Fl/500 ml ou 2 l)
Complément : Bibliographie
Ouvrages
Aronson J.K., Meyler's side effects of herbal medicines, 2009, Elsevier, Oxford.
Belon J.P., Conseils à l'officine - Guide du suivi pharmaceutique, 5e édition, 2002, Masson, Paris.
Bruneton J., Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales, 4e édition, 2009, Tec-Doc EMI Editeurs, Paris.
ESCOP monographs, 2e édition, 2003, Horse-chestnut seed - Hippocastani semen, ESCOP/Thieme, Exeter/Stuttgart.
OMS, WHO monographs on selected medicinal plants, volume 2, Semen hippocastani, 2002, World Health Organization, Genève.
Wichtl M. et al., Plantes thérapeutiques, 2e édition, 2003, Tec-Doc EMI Editeurs, Paris.
Williamson E. et al., Stockley's herbal medicines interactions, 2009, Pharmaceutical Press, London.
Pharmacopée Française 10e édition, Marron d'Inde - Aesculus hippocastanum ; Extrait de marron d'Inde (mou) - Aesculi extractum molle ; Extrait de marron d'Inde (sec) - Aesculi extractum siccum ; Teinture de marron d'Inde stabilisé - Aesculi stabilisati tinctura ; Marron d'Inde pour préparations homéopathiques - Aesculus hippocastanum (semen) ad praeparationes homoeopathicas ; Marron d'Inde (inflorescence de) pour préparations homéopathiques - Aesculus hippocastani flores ad praeparationes homoeopathicas.
Site internet
Biologie et multimédia - Université Pierre et Marie Curie - UFR des sciences de la Vie : Biologie végétale → les fruits → le marron : une capsule, http://www.snv.jussieu.fr/bmedia/Fruits/marron.htm, consulté le 28/10/2010.
Publications scientifiques :
Anonyme. Aesculus hippocastanum (horse chestnut). Monograph. Altern Med Rev 2009 ; 14, 278-283.
Pittler M.H. et al. Horse chestnut seed extract for chronic venous insufficiency. Cochrane Database Syst Rev 2006 ; 1, CD003230.